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Comparaisons des versions alternatives de chansons de la période Philips
Jacques Brel a réenregistré en 1958, 1960 et 1961 certaines chansons parues en 45 tours et en 33 tours 25 cm chez Philips en vue de la parution de ces titres dans des albums 33 tours 30 cm reprenant toutes les chansons publiées jusqu'alors chez cet éditeur. Lors de la publication en CD des disques de Jacques Brel à partir des années 1980, on se perd un peu dans les versions choisies: certaines intégrales reprennent les 33 tours Philips tels quels et on y trouve donc les deuxièmes versions, d'autres ont choisi la première version de certaines chansons et la deuxième version d'autres chansons, avant que l'intégrale de 2003 ne nous propose enfin les deux versions de chaque chanson. Il y reste par contre un flou quant à la reprise de certaines chansons existant en deux versions parues dans la période Barclay, dont je parlerai sur une autre page.
Il est intéressant de faire une écoute des deux versions des sept chansons réenregistrées pour Philips pour repérer les différences. Certaines sont plus flagrantes que d'autres. J'ai choisi de noter ci-dessous certaines de ces différences pour permettre aux auditeurs de ces titres sur des disques n'en mentionnant pas la date d'enregistrement de savoir s'il s'agit de la première ou la deuxième version. J'indique la date d'enregistrement de chaque version en me basant sur le livre de Marc Robine "Le roman de Jacques Brel" (1998).
Sur la place
Version 1, 15 février 1954: Jacques Brel chante accompagné de sa seule guitare.
Version 2, 10 novembre 1961: Jacques Brel chante accompagné de l'orchestre de François Rauber. Introduction avec des ondes Martenot.
Il existe également une version de cette chanson en duo avec Simone Langlois, enregistrée le 24 décembre 1957, dans laquelle Jacques Brel chante les couplets et Simone Langlois chante les refrains.
Quand on n'a que l'amour
Version 1, 18 septembre 1956: Le ryhtme de la guitare dans l'introduction est plus saccadé que dans la version 2; dans le premier vers, Jacques Brel ne prononce pas le mot "que" sur la même note que les mots "n'a" et "l'a...[mour]" (plus bas); la trompette à la fin de la chanson est sobre. Absence de piano dans cette version.
Version 2, 25(?) janvier 1960: Dans le premier vers, Jacques Brel prononce sur la même note les mots "n'a" et "que" puis desend sur "l'amour"; la trompette finale est très présente et sur un mode "triomphal". Un piano (joué par Gérard Jouannest?) accompagne le chant.
Dites, si c'était vrai (poème)
Version 1, 19 septembre 1956: Jacques Brel récite avec un air plutôt joyeux sur fond d'harmonium en mode majeur.
Version 2, 14 mars 1958: Jacques Brel récite sur un ton sérieux sur fond d'orgue en mode mineur et plutôt dramatique.
L'air de la bêtise
Version 1, 22 mars 1957: Sur l'introduction, on entend l'orchestre qui s'accorde et Jacques Brel annonce "Extrait du célèbre opéra "La vie quotidienne", voici l'air fameux entre tous: "l'air de la bêtise"".
Version 2, 13 novembre 1961: Plus d'annonce parlée mais une introduction vocalisée par une cantatrice.
Je ne sais pas
Dans l'émission "Rendez-vous avec..." de 1959, lorsque Jacqueline Joubert lui demande quelle est sa chanson préférée dans son répertoire, Jacques Brel lui répond: "ma chanson préférée, c'est Je ne sais pas". Ceci explique peut-être pourquoi il en a enregistré plus de versions que ses autres titres. Il en existe en effet cinq versions différentes: quatre enregistrées entre 1958 et 1961 chez Philips, puis une version plus "pop" enregistrée pour Barclay en 1972.
Version 1, 1er avril 1958: Introduction à la harpe puis vient une flûte, pas de piano.
Version 2, 25(?) janvier 1960: Présence d'un piano, d'ondes Martenot et de la voix de Jeanine de Waleyne qui vocalise sur le final.
Voici un extrait permettant de faire une comparaison rapide avec la première version (introduction et fin): Je ne sais pas version 2
Version 3, 10 novembre 1961: Piano, orchestre, plus d'intensité que les précédentes versions.
Voici un extrait permettant de faire une comparaison rapide avec les deux premières versions (introduction et fin): Je ne sais pas version 3
On trouve une quatrième version de Je ne sais pas dans l'intégrale "Suivre l'étoile" de 2013, avec notamment une guitare, mais la date d'enregistrement n'y figure pas.
La dame patronnesse
Version 1, 11 septembre 1959: Introduction avec un duo piano / violoncelle mal accordés; Jacques Brel se trompe dans les paroles et dit "... se laisser se voler ses pauvresses", sans doute à l'origine d'un gloussement impromptu sur la reprise du mot "pauvresses"; répétition de la phrase "... qui fréquentait un socialiste".
Version 2, 13 novembre 1961: Dans cette version (à mon avis plus réussie que la première...), l'introduction piano / violoncelle n'écorche plus les oreilles du mélomane, Jacques Brel ne répète pas "... qui fréquentait un socialiste" mais reprend à la place "qui fréquentait... un rouge!" et le passage où il ne faut pas "se laisser voler ses pauvresses", sur lequel Brel s'était "planté" dans la première version, a tout simplement disparu.
Le prochain amour
Version 1, 21 février 1961: Introduction instrumentale avec un orchestre; Jacques Brel a du mal à réfreiner un rire sur le mot "amoureux" dans le dernier couplet; final instrumental.
Version 2, 30 mars 1961: Pas d'introduction instrumentale.